Kanguq - Automne / Fall 2013 - Page 11

Nouvelles de la FCNQ / FCNQ News\r\nCaroline Alexander\r\n\r\n\r\nDe notre interprète et traductice en inuktitut\r\n\r\nFrom Our Inuktitut Interpreter and Translator\r\nrêver sans crainte de l’impossible, ce que\r\nme facilita mon expérience intime des deux\r\ncultures qui faisaient maintenant partie de\r\nmoi.\r\n\r\nJ’ai oublié le mois, mais pas l’année.\r\nC’était en 1965. Cette année-là, mes parents\r\net les administrateurs de la coopérative de\r\nPuvirnituq décidèrent que j’allais travailler\r\ncomme caissière à la coopérative. C’était\r\nl’époque des caisses enregistreuses à\r\nmanivelle, et je gagnais entre 15 $ et 18 $\r\npar semaine. J’avais alors 13 ans, et d’autres\r\ndécidaient de mon avenir. J’étais sur le point\r\nde compléter ma septième année, et M.\r\nMallon, alors enseignant à l’externat fédéral,\r\nsoutenait que les portes de l’instruction\r\navancée m’étaient ouvertes. Cependant, si je\r\nvoulais poursuivre mes études, il me fallait\r\nquitter ma communauté, ce dont ma mère\r\nne voulut pas entendre parler. Il fut donc\r\nrésolu que ma scolarisation prendrait fin\r\nlorsque je serais parvenue au terme du plus\r\nhaut niveau d’études offert à Puvirnituq,\r\nsoit la septième année. Je fus assurée de\r\nterminer ma dernière année scolaire grâce\r\nà un horaire astucieusement aménagé, où je\r\ntravaillais le lundi, allais à l’école le mardi,\r\ntravaillais le mercredi et ainsi de suite.\r\nC’est mon amie qui rendait possible cette\r\nalternance puisque, lorsque j’allais à l’école,\r\nelle me remplaçait à la coopérative, et\r\ninversement. Cependant, les vendredis soir\r\net les samedis, nous travaillions ensemble à\r\nnettoyer le magasin.\r\nAu cours des cinq années qui suivirent,\r\nc’est-à-dire jusqu’en 1970, je travaillai à la\r\ncoopérative, où Peter Murdoch et le père\r\nSteinmann furent pour moi des mentors en\r\nmatière de mouvement coopératif. Ce que\r\nj’appris d’eux fit naître en moi un besoin\r\nd’autonomie, tant sur les plans personnel\r\nque communautaire. Je me pris dès lors à\r\n\r\nLorsque je devins mère, je quittai le\r\nmonde du travail. Je consacrai les 14 années\r\nsuivantes à poursuivre la carrière la plus\r\nformatrice de ma vie : tenir une maison!\r\nEt j’ai apprécié chacune de ces 14 années.\r\nPuis je me tournai à nouveau vers le monde\r\nextérieur, et, une fois de plus, ce fut le\r\nmouvement coopératif qui m’accueillit.\r\nÀ Montréal. Plus précisément, au bureau\r\nprincipal de la Fédération des coopératives\r\ndu Nouveau-Québec (FCNQ). C’était en\r\noctobre 1989. Peter Murdoch, le directeur\r\ngénéral de la Fédération à cette époque,\r\nvit en moi une future traductrice, tant\r\net si bien qu’il me donna une machine à\r\nécrire électrique, machine que je ne savais\r\nmême pas comment allumer! Me fut remis\r\négalement un livret de dactylographie en\r\ninuktitut, livret rédigé, quelle coïncidence,\r\npar Mick Mallon, cet ancien enseignant de\r\nl’externat fédéral, celui-là même qui, des\r\nannées auparavant, avait tenté, en vain, de\r\nconvaincre ma mère de m’envoyer au Sud\r\npoursuivre mes études.\r\nDepuis ce jour, je n’ai plus jamais regardé\r\nen arrière. Lucille Murdoch m’enseigna\r\nce que je devais savoir sur le travail de\r\nbureau. Peter Murdoch, pour sa part,\r\nreprit sa tâche auprès de moi là où il l’avait\r\nlaissée, en continuant de m’instruire sur\r\nle mouvement coopératif. Enfin, je dois\r\nà Mean-Bonn Taing tout ce que je sais du\r\nmonde de l’informatique, et ce n’est pas fini\r\n! Quelle chance d’avoir pu ainsi côtoyer de\r\nmeilleurs professeurs que ceux que j’aurais\r\npu espérer avoir à l’université. J’exerce une\r\nprofession langagière depuis maintenant\r\n24 ans, et il s’agit là d’un parcours des plus\r\néducatifs. \r\nLe mouvement coopératif a comblé tous\r\nmes besoins d’Inuit aspirant à l’autonomie.\r\nL’indépendance! Que peut-il y avoir de plus\r\nsatisfaisant!\r\n\r\n\r\n