Flashmag Digizine Edition Issue 107 July 2020 - Page 84

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La vente en cause était celle de pièces appartenant au Genevois Jean Paul Barbier-Mueller. Une collection issue des cultures inca, maya, olmèque, chapicuaro ou mochica, estimée à près de 25 millions de francs suisse. «Je n’ai jamais acheté ailleurs que chez de grands professionnels», se défend le collectionneur.

La maison Sotheby’s, bien qu’échaudée par ce climat chaotique, confirmait avoir accepté la vente parce que les objets ont «un pedigree irréprochable», et sont passés par des circuits transparents, dont celui des ventes publiques. «Toutes les pièces ont été tracées depuis leurs premières acquisitions», affirmait l’expert de la vente, Jacques Blazy. Toutes sont antérieures à la convention de l’Unesco de 1970, destinée à interdire la circulation illicite de biens culturels, complétée en 1995 par la convention d’Unidroit. Et la vente à Drouot, en 2005, de l’importante collection d’art précolombien du Suisse Gérard Geiger (6,18 millions d’euros) ne s’était-elle pas déroulée sans encombre ? Pourtant, deux pièces majeures de la collection Barbier-Mueller furent écartées: une stèle maya de l’époque classique (250 apr. J.-C. à 900 apr. J.-C.) et une fresque de Teotihuacan. La mise sur le marché de ces éléments d’architecture aurait provoqué l’ire des Mexicains. Du reste, à la demande du Mexique, fin 2008, l’Office central de lutte contre le trafic des biens culturels (OCBC) avait saisi 76 pièces quelques heures à peine avant une vente organisée à Paris par Binoche et Pierre Bergé.

Le marché de l’art précolombien souffre aussi d’une profusion de faux. Le cas le plus célèbre est celui des crânes de cristal ramenés du Mexique par Eugène Pépin, dans les années 1920. Le Quai Branly en possèdait un, aussi faux que celui qui ornait, en 2008, la couverture du catalogue de la vente Binoche-Berger, et qui fut alors saisi comme authentique par l’OCBC. Pareillement, la collection que le sulfureux Leonardo Patterson diplomate Costa ricain reconverti en marchand d’œuvres d’art ancien, a failli vendre au gouvernement autonome de Galice, en 1997, pour 18 millions d’euros, était truffée de faux, et fut dénoncée par le Costa Rica, le Pérou, le Mexique, la Colombie, plusieurs de ses pièces furent saisie en Allemagne en 2008. Il faudra attendre 2018 pour que le Mexique récupère enfin 2 bustes olmèques en bois rares datant de plus de 3 000 ans, qui avaient été conservées à la collection archéologique de l’État bavarois. Les deux bustes avaient été illégalement retirés du site des ruines olmèques d'El Manati, dans l'État de Veracruz, sur la côte du golfe.

Le 14 mai 2019 à Lima, la capitale du Pérou, le ministère péruvien des Affaires étrangères exposait, 130 objets d’art précolombien, notamment des figurines d’idoles en argile et des tissus de l’empire Inca, rendus par les Etats-Unis et l’Argentine selon l’AFP.

Ces objets archéologiques, dont la plupart avaient été restitués volontairement après avoir été sortis clandestinement et exportés illégalement du Pérou, furent exposés au ministère des Affaires étrangères. Parmi ces biens, constitués de vases, de bols de statuettes et de vêtements, 38 ont été rendus par les États-Unis et 92 par l’Argentine. Certaines des pièces datent de la période précolombienne, tandis que d’autres appartiennent à la civilisation Inca.

En Afrique, en dehors de l’Egypte où le contrôle des artéfacts a un meilleur suivi, même si les cas de vols restent récurrents, en Afrique subsaharienne le gros des artéfacts anciens a été pillé pendant la période esclavagiste et coloniale si bien que l’on estime que 80% du patrimoine culturelle de l’Afrique au sud du Sahara se trouve dans les musées occidentaux « Légalement » ; ceci, au grand dam des activistes africains qui depuis demandent une rétrocession de ces œuvres à leurs légitimes propriétaires.

Le marché international de l’art et des biens culturels ne cesse de croître. Les acheteurs sont prêts à acquérir des antiquités et des œuvres d’art dans des galeries, auprès d’antiquaires et dans des maisons de vente aux enchères1 . Selon le rapport du TEFAF 2017 sur le marché de l’art, ce dernier a généré en 2016 près de 45 milliards d’USD de chiffre d’affaires dans le monde, soit une augmentation de 1,7 % par rapport à 2015.2 Le marché européen est le plus grand du monde en ce qui concerne les transactions réalisées par l’intermédiaire de ventes aux enchères, de ventes privées et des marchands d’art. Il se classe aussi au premier rang mondial du commerce transfrontalier d’œuvres d’art. C’est le premier exportateur mondial (14,59 milliards d’USD) et le deuxième importateur après les États-Unis : les antiquités et les œuvres d’art importées en Europe et entre les différents pays du continent représentent 11,5 milliards d’USD3 .

Plus de la moitié avaient pour destination le Royaume-Uni (pour une valeur de 6,275 milliards d’USD). Vient ensuite la Suisse, qui accueille 6 % du commerce mondial. La France compte pour 5 %, et l’Allemagne pour 3 %.