Flashmag Digizine Edition Issue 107 July 2020 - Page 82

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Nathalie Okra

Flashmag July 2020 www.flashmag.net

En France, il est interdit d'importer des objets anciens en provenance de zones de conflit depuis 2016. Certaines villes comme Bruxelles deviennent pourtant des plaques tournantes de ce milieu, en raison d'une règlementation plus conciliante. Les autorités tentent par tous les moyens d'intercepter des œuvres historiques qui se retrouvent vendues au marché noir. Pour cela, les douaniers enquêtent notamment sur les réseaux sociaux, plateformes favorites des trafiquants pour entrer en contact avec des collectionneurs. Ce trafic est devenu une manière pour les entreprises terroristes de se financer. Les trafiquants se concentrent en priorité sur les pays où des conflits viennent d'éclater. Les ruines se multiplient notamment en Libye. Si on cherche au bon endroit, il est possible de trouver dans la rue des objets ayant ensuite une valeur inestimable une fois mis en vente.

Si le sujet du trafic d’antiquités est apparu sur le devant de la scène médiatique ces dernières années, plus particulièrement en raison de l’activité de Daech – dont il serait une des principales ressources financières – il s’agit d’un trafic très ancien aux rouages particulièrement complexes.

Au plus fort du conflit, des chiffres atteignant plusieurs centaines de millions de dollars furent relayés, fondés sur des extrapolations de chiffres publiés dans un reportage du journal The Guardian. Les fouilles clandestines, de grande ampleur sur des sites syriens comme Mari ou Apamée, furent présentées comme autant de preuves d’une attaque en règle du patrimoine archéologique syrien organisée par Daech. Le tableau qui fut fait du pillage sous l’égide de Daech se voulait industriel.

Or, il ne suffit pas de faire un trou pour y trouver quelque chose. L’ampleur des destructions sur les sites n’est en rien proportionnelle au nombre de pièces pillées. Si les informations provenant de sites partiellement détruits sont catastrophiques car elles témoignent de la disparition à jamais de contextes archéologiques jusqu’alors préservés, elles ne permettent pas d’évaluer le nombre, la nature la qualité et donc et la valeur marchande du matériel pillé.

Entre le prix d’une antiquité sortie illégalement de terre et celui d’antiquité pouvant être présentée sur le marché légal, on passe aisément d’une centaine de dollars au mieux à plusieurs centaines de milliers de dollars pour des pièces exceptionnelles. En 2011, Sotheby’s New York réalisa la vente d’une statue grecque attribuée au sculpteur Timothéos d’Épidaure (IVe siècle avant J.-C.) pour un montant de près de 20 millions de dollars.

Un acteur local, en Syrie ou en Iraq, souhaitant faire fructifier le fruit d’un pillage, devra donc investir avant de récolter une réelle plus-value, de même qu’un antiquaire investira dans un émissaire et des sous-traitants pour acheter sur place, faire sortir de la zone, dissimuler plusieurs années puis entreprendre le « blanchiment » de la pièce afin de la vendre au prix du marché. Les pièces provenant de pillages de sites n’ont jamais été inventoriées auparavant. D’un point de vue légal, il sera donc difficile d’en tracer l’origine et de prouver le vol, le recel et la contrebande hors du pays supposément d’origine.

Le but consistera donc à lui créer une identité légale dont l’histoire factice sur le sol européen lui permettra de répondre aux critères de provenance et en fondera l’authenticité en tant qu’antiquité relevant du domaine privé. Au Pérou par exemple les œuvres d’art antique sont libellées comme copies légitimes pour être légalement exportées du pays, qui reste l’un des plus pillé au monde de la civilisation Maya et Inca qu’il a abrité.

En 2019 le Mexique déplorait la commercialisation de pièces archéologiques préhispaniques en France, demanadant l’annulation de la vente aux enchères de plus de 120 pièces d’art précolombien organisée par la Société de Ventes Publiques Millon à l’Hôtel Drouot, à Paris, le mercredi 18 septembre 2019.

Les autorités mexicaines de l’Institut national d’anthropologie et histoire (INAH) avaient conclu, sur la base d’une expertise pratiquée sur les pièces annoncées à la vente, que 95 d’entre-elles proviennent du patrimoine culturel du Mexique, en particulier de Teotihuacán, du Guerrero et de Oaxaca, ainsi que du Sud-Est du Mexique, région des cultures olmèque et maya.

Jusqu’au 21 mars 2013, le public pouvait admirer chez Sotheby’s, à Paris, une des plus belles collections privées d’art précolombien. Les 331 objets furent vendus aux enchères les deux jours suivants. Mais le Pérou avait annoncé le 27 février à l’AFP qu’il dénonçait cette vente, en s’appuyant sur une loi de 1822, et qu’il transmettrait une «réclamation de [ses] biens par la voie diplomatique en accord avec les traités internationaux

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