Flashmag Digizine Edition Issue 107 July 2020 - Page 80

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Tessa Praying for the Visa

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Parce qu’une toile du Caravage laisse moins de traces qu’une montagne d’argent, on peut la déplacer facilement et c’est un investissement relativement sûr ». Ainsi, les œuvres d’art deviennent un moyen discret de corruption. L’auteur de Gomorra relate par exemple l’histoire d’un juge italien corrompu avec une œuvre de Botticelli. Prisées par les mafieux, les œuvres d’art assurent un certain prestige social en même temps qu’un certain prestige économique.

A cet égard le spécialiste de la Camorra, Marcello Ravveduto, explique : « Les mafieux n’aiment pas le beau mais les apparences. Ils appartiennent à l’oligarchie des gens riches et veulent en adopter les codes [Les œuvres d’art ont] d’abord été l’expression d’un pouvoir social avant d’être, plus récemment, celle d’un pouvoir économique ». Ainsi Massimo Carminati, surnommé « le Dernier Roi de Rome » possédait plus d’une centaine d’œuvres dont des Picasso, des Guttoso, des Pollock et des Warhol. Derrière ce trafic d’art, c’est une fine organisation qui s’établit. Des pilleurs de vestiges antiques que l’on surnomme les « tombaroli » aux marchands d’art en passant par les restaurateurs d’objets d’art, les œuvres passent entre différentes mains avant de finir souvent bien loin de leur pays d’origine. C’est ainsi qu’un vase antique déterré par un paysan italien en échange d’un cochon a fini par atterrir dans la vitrine d’une une galerie d’art en Suisse.

Pour générer toujours plus d’argent (on estime un chiffre d’affaire avoisinant les 10 milliards de dollars pour ce trafic) les mafieux n’hésitent pas à opérer de véritables cambriolages dans les plus grands musées. Ainsi, comme le rapporte Olivier Tosseri dans son article « Quand la Mafia fait main basse sur les œuvres d’art », en novembre 2015 des œuvres de Rubens, du Tintoret et de Bellini d’une valeur de 15 milliards d’euros au total ont été dérobés au musée de Vérone et ont fini par être retrouvés en Ukraine. La mondialisation et l’intense flux des marchandises rendent aujourd’hui d’autant plus compliquée la traque des œuvres et l’on estime à 90% le nombre d’œuvres volées jamais retrouvées.

Le commerce illicite de biens culturels attire l’attention des groupes criminels organisés. Citons pour preuve les résultats de l’opération « Pandora » 53. Lancée conjointement par l’Espagne et Chypre en novembre 2016, cette opération policière a nécessité l’implication des autorités de 18 pays européens. Visant un réseau de trafic illicite de biens culturels provenant principalement de zones de conflit, l’opération Pandora a conduit à l’arrestation de75 personnes et à la saisie de plus de 3 000 objets culturels54. Cet exemple montre que les réseaux de criminalité organisée ne comptent pas seulement des voleurs et des malfaiteurs mais aussi des fonctionnaires et professionnels du marché de l’art corrompus qui facilitent le blanchiment de ces objets. Une autre affaire intéressante concerne le vol de deux tableaux au musée Van Gogh d’Amsterdam. Dérobées en 2002, ces œuvres ont été retrouvées en septembre 2016 près de Naples, dans une maison appartenant à un baron de la drogue lié à la Camorra. C’est en enquêtant sur le trafic de cocaïne mené par ce clan mafieux que la police a été informée que la Camorra était probablement en possession des tableaux55. Cette affaire démontre que le trafic illicite de biens culturels peut aller de pair avec d’autres commerces illégaux, car les groupes criminels organisés ont tendance à diversifier le « portefeuille » de leurs activités.