Flashmag Digizine Edition Issue 107 July 2020 - Page 105

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jusqu’aux grandes productions hollywoodiennes comme le film musical Le Pirate de Minnelli en 1948, où Judy Garland se laisse happer par les suggestions de Gene Kelly… Au cœur du spectacle américain réside une confession : la machine à produire la fiction est hypnotique.

La métaphore conquiert enfin le cinéma d’auteur, des années 70 à l’aube des années 90. Chez Lars von Trier, elle devient un outil critique ; The Element of crime (1984) inaugure une trilogie consacrée à l’Europe, dont la condition contemporaine est décrite comme un état hypnotique.

Surexploitée depuis l’invention du cinéma, la métaphore de l’hypnose serait toutefois devenue caduque, depuis les années 90, pour décrire les effets de la salle obscure comme pour manifester les formes du pouvoir. Le cinéma serait le fils d’un imaginaire lié à une certaine idée du pouvoir : on peut contrôler les corps en contrôlant les images qui agissent dans les corps. Cette situation se serait toutefois épuisée, en même temps que l’idée de modernité, et le passage à une nouvelle séquence historique. Ce n’est plus une économie des images qui est au fondement du pouvoir, mais une économie des données. Autrement dit, la question critique contemporaine, à l’ère de la post-modernité, ne serait plus « où sont les regards qui se posent sur nous ? » mais « où sont les capteurs qui nous contrôlent ? »

Avec l’invention des interfaces et leur multiplication dans la réalité quotidienne, l’hypnose et son imaginaire seraient devenus inutiles ; car l’interface est la nouvelle façon d’accéder au monde autre, dans les espaces de rêve, d’imagination, ces hétérotopies que Michel Foucault considérait comme nécessaires à chaque société. L’écran que dessinait d’un geste Zvengali devant les yeux de Trilby dans une posture de prise de pouvoir n’a désormais plus de pertinence, dès lors que chacun peut avoir un écran à portée de la main, qu’il/qui le contrôle.

L’hypnose, du moins lorsqu’elle est pensée selon le paradigme formulé par Freud, serait le symptôme d’une séquence historique, et l’étude de sa présence dans le dispositif cinématographique permet ainsi de lire la naissance puis la mort de la modernité.

Sources PAR HYPNOSCÈNES

Compte-Rendu rédigé par Pierre Causse

https://hypnoscene.hypotheses.org/