Flashmag Digizine Edition Issue 107 July 2020 - Page 104

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Maintenant la tragédie est anatomique. Une conviction intérieure hisse le masque. Il ne s’agit pas d’interpréter ; ce qui importe, c’est l’acte de foi en son double. Jusqu’au point ou une distraction devienne une distraction de l’autre. Le metteur en scène suggère, puis persuade, puis hypnotise. La pellicule n’est qu’un relai entre cette source d’énergie nerveuse et la salle qui respire son rayonnement.

Plus proches de nous, Roland Barthes (« En sortant du cinéma », 1975) et Raymond Bellour (Le Corps du cinéma. Hypnoses, émotions, animalités, P.O.L., 2009) poursuivent la description de l’expérience vécue du spectateur de cinéma en la rapportant à celle du sujet hypnotisé.

À partir de l’identification de ce tressage historique et théorique entre hypnose et cinéma, Ruggero Eugeni propose, en s’intéressant cette fois-ci à la présence des hypnotiseurs au sein des films, une chronologie en marquant l’émergence, l’expansion, puis le déclin.

Magnétiseurs et autres manipulateurs sont fréquemment pris pour sujets des films brefs qui composent l’essentiel des premières productions du cinéma, tel Chez le magnétiste d’Alice Guy Blaché (1897). Trilby de Maurice Tourneur, adapté du roman déjà évoqué, marque un tournant en proposant un travail pictural et théorique sur le dispositif d’hypnose.

Zvengali est présenté en ombres chinoises, derrière un voile, procédant en coulisses à divers préparatifs qui restent mystérieux – au cinéma, l’hypnotiseur agit derrière la toile, depuis l’écran. Pour hypnotiser Trilby, il l’invite bien évidemment à le regarder dans les yeux, mais il a surtout ce geste révélateur (à 2mn57) : il passe sa main devant son visage. Par ce mouvement, il marque la séparation du sujet hypnotisé avec le contexte qui l’entoure, et crée comme un écran sur lequel il semble projeter des images qui le feront agir – en l’occurrence, Trilby ne peut chanter en scène que grâce à ce procédé.

Si le film de Tourneur ouvre la période que Ruggero Eugeni identifie comme celle de la « métaphorisation du dispositif filmique », les années 1930-1975 sont celle où la métaphore trouve à s’exprimer dans les genres classiques du cinéma, depuis l’expressionisme allemand (la série des Mabuse, Nosferatu…)