Flashmag Digizine Edition Issue 107 July 2020 - Page 103

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Sous l’impulsion de l’École de Nancy, menée par Hippolyte Bernheim, la suggestion hypnotique sert de modèle pour penser et expliquer le lien social. Enfin, l’hypnose devient un objet spectaculaire à part entière. Parmi les vedettes de l’hypnotisme théâtral, retenons Donato dont les spectacles courent à travers l’Europe.

On n’en finirait pas de fournir les preuves d’une diffusion de l’hypnose dans toutes les couches de la société. Mais de quelle hypnose s’agit-il alors ? C’est en fait moins la médecine, qui l’emploie pour expliquer et tenter de soigner, que le monde du spectacle qui fournit le paradigme de l’action de l’hypnose au début du XXe siècle. Elle est majoritairement perçue comme l’action d’un individu doté de capacités exceptionnelles sur une foule assemblée et prête à se laisser fasciner. À la relation duale entre un homme magnétiseur et une femme magnétisée, qui était courante à la fin du XVIIIe s’est substituée l’emprise d’un chef sur une masse, dans un projet vertical d’ingénierie sociale de domination de la foule à travers le maître hypnotiseur.

C’est bien ainsi que Freud comprend et analyse l’hypnose dans un texte de 1921, « Psychologie collective et analyse du moi » :

par ses procédés, l’hypnotiseur éveille chez le sujet une partie de son héritage archaïque qui s’est déjà manifesté dans l’attitude à l’égard des parents, et surtout dans l’idée qu’on se faisait du père : celle d’une personnalité toute-puissante et dangereuse, à l’égard de laquelle on ne pouvait se comporter que d’une manière passive et masochiste, devant laquelle on devait renoncer complètement à sa volonté propre et dont on ne pouvait aborder le regard sans faire preuve d’une coupable audace.

Selon le fondateur de la psychanalyse, chaque

événement d’hypnose est une répétition, une ré-actualisation d’une hypnose archaïque primordiale : celle du Chef envers le groupe social, ce Maître et Père qui contrôle l’idéal du moi de chacun des sujets de la foule. Freud se place ici à la suite des travaux de Gustave Le Bon sur La Psychologie des foules et invite à penser, dès avant la montée des mouvements totalitaires en Europe, les modalités de contrôle de l’imaginaire des masses.

Selon le fondateur de la psychanalyse, chaque

événement d’hypnose est une répétition, une ré-actualisation d’une hypnose archaïque primordiale : celle du Chef envers le groupe social, ce Maître et Père qui contrôle l’idéal du moi de chacun des sujets de la foule. Freud se place ici à la suite des travaux de Gustave Le Bon sur La Psychologie des foules et invite à penser, dès avant la montée des mouvements totalitaires en Europe, les modalités de contrôle de l’imaginaire des masses.

Hypnose et cinéma ont ceci en commun de s’adresser à l’imaginaire. Mais il ne faut pas pour autant en minimiser l’impact social. Bien au contraire, les images que ces deux pratiques convoquent sont actives, et dans cette « iconodynamique », elles deviennent des idées qui déterminent l’action des foules. Le XXe siècle s’ouvre ainsi par une découverte : la production de l’image correspond à un contrôle des corps ; contrôler l’imaginaire, c’est contrôler les relations des corps entre eux.

Les premiers penseurs du cinéma observent très tôt le lien entre l’hypnose et l’art cinématographique. Pour donner du sens à cette nouvelle expérience sociale qu’est cinéma, toute l’idéologie et l’imaginaire de l’hypnose moderne sont réinvestis. L’hypnose ne sert pas seulement à penser le cinéma, mais aussi à en vivre l’expérience si l’on suit Jean Epstein :

Jamais je ne pourrais dire combien j’aime les gros plans américains. Nets. Brusquement l’écran étale un visage et le drame, en tête à tête, me tutoie et s’enfle à des intensités imprévues. Hypnose.

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