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psycho Je procrastine donc je suis L’art de remettre au lendemain ce qu’on peut faire le jour même est une tendance qui touche 15 à 20% des adultes dans le monde (source: J. Harriott & Ferrari, 1996; «Haven’t Filed Yet,» 2003). Pour certains, il s’agit de reporter de façon ponctuelle quelques tâches désagréables mais pour d’autres, c’est carrément un mode vie. 86 Combattre la procrastination Contrairement à ce que l’on peut penser, la procrastination n’est pas une maladie mais se trouve liée à des traits de personnalité. En effet, selon diverses études cliniques, cette tendance à toujours reporter les choses à plus tard serait causée par une mauvaise estime de soi mêlée à l’anxiété. Les personnes sujettes aux dépressions, notamment celles atteintes de bipolarité, présentent davantage de risques de procrastiner. Certains chercheurs ont également remarqué que les enfants surdoués peuvent user de cette tendance afin de se mettre au même niveau que les autres. Si la procrastination est généralement vécue comme un handicap social, elle peut néanmoins s’avérer bénéfique dans des situations précises. Par exemple, procrastiner s’avère souvent avantageux lorsqu’on effectue un travail artistique. Cela laisse le temps à notre cerveau de travailler et à notre imagination de chercher une meilleure idée. La sensation d’urgence suscitée par l’approche d’une date butoir accroît la performance. Le Dr Ellen Weber, spécialiste en neurologie, explique ce phénomène: «Quoique la frustration et la peur puissent inonder le cerveau de cortisol, si l’anxiété est bien gérée, l’anticipation peut provoquer cet état de bien-être lié à la dopamine qui amorce la pompe à progrès et à innovation». Toutefois, à force de remettre au lendemain, on risque de bloquer notre cerveau sous une masse d’informations. Incapables de réfléchir, nous perdons nos moyens et finissons tétanisés sans avoir pu faire la moindre chose. Plusieurs solutions s’offrent à vous: – Planifier chaque chose que vous devez faire et détaillez vos objectifs à atteindre. Comme nous l’évoquions, l’utilisation d’une échéance peut vous apporter plus d’efficacité, à condition de la respecter. – Commencer une tâche. Le psychologue Bluma Zeigarnik a démontré que le fait de s’engager dans la réalisation d’une tâche crée une motivation d’achèvement qui resterait insatisfaite si la tâche était interrompue. Autrement dit, dépassez votre désintéressement et vous serez motivés pour terminer votre besogne. – Faire baisser l’anxiété. Arrêtez de culpabiliser et récompensez vos avancements. Si aucune de ces solutions ne vous aide à vaincre la procrastination, rassurez-vous, il existe une dernière issue. Cette fois, il ne s’agit plus de combattre cette tendance mais de l’exploiter au mieux. Le philosophe américain John Perry a mis au point une technique qui lui a valu un Prix Nobel en 2011. Celle-ci consiste à appliquer une procrastination structurée: «Si tout ce qui restait au procrastinateur était de tailler quelques crayons, aucune force au monde ne pourrait les lui faire tailler. En revanche, le procrastinateur peut être motivé à réaliser des tâches difficiles et importantes, dans les temps, dès lors que ces tâches lui permettent de ne pas réaliser quelque chose de plus important.» Pour cela, il faut établir une liste décroissante des tâches à accomplir en les hiérarchisant de façon à ce que celles qui figurent en haut soient extrêmement importantes (sans l’être réellement) ou soumises à une date limite (sans en avoir en réalité). Les actions en bas de la liste deviennent ainsi votre moyen de ne pas faire les choses importantes. Ainsi, vous aurez accompli de nombreuses tâches tout en exploitant votre procrastination! Le philosophe témoigne: «Prenez par exemple l’item tout en haut de ma liste actuelle – finir un essai pour un livre sur la philosophie du langage. C’était censé être fait pour il y a 11 mois. J’ai accompli un nombre énorme de choses importantes comme moyen de ne pas travailler sur cet essai. Il y a deux mois, poussé par la culpabilité, j’ai envoyé une lettre à l’éditeur pour lui dire à quel point j’étais désolé de mon retard et pour lui exprimer toutes mes bonnes intentions de me mettre à y travailler. Ecrire cette lettre était bien sûr un moyen de ne pas écrire l’article. Il est en fait apparu que je n’étais pas beaucoup plus en retard que les autres. Et, de toute façon, quelle est l’importance de cet article? Pas assez grande pour qu’il ne soit pas un jour remplacé par quelque chose que je trouverai plus important. Alors je me mettrai à travailler dessus.» Vous voilà assurée d’être efficace pour vos prochains engagements! «Le procrastinateur peut être motivé à ,: