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enquête Lotfi Maktouf Les associatifs L’homme d’action Militants de la société civile Chiraz Gafsia La globe-trotter Après avoir bourlingué en Argentine, au Vénézuéla et en Palestine, Chiraz Gafsia, originaire de Nancy (Lorraine), a décidé de poser son sac à dos à Tunis, en mars 2013, en plein Forum social mondial. Architecte, elle est passionnée par la sociologie urbaine: «Les politiques urbaines de l’ancien régime ont produit des inégalités sociospatiales et il s’agit de trouver des solutions pour améliorer les conditions de vie des plus fragilisés et favoriser la réappropriation de l’espace public. Je souhaite partager les expériences professionnelles acquises en Palestine occupée ou au Vénézuéla avec les habitants des quartiers populaires urbains pour mettre en œuvre des projets alternatifs et durables qui s’inscriraient dans le cadre de la gouvernance locale et de la décentralisation.» Elle vient donc de créer l’association Da3m (appui) pour le développement, l’architecture et l’aménagement environnemental en Méditerranée. Son principal handicap, partagé par de nombreux Tunisiens qui ont décidé de revenir: elle ne connaît personne. Et chaque fois qu’elle parle de son projet, elle a le sentiment diffus que ses interlocuteurs ne pensent qu’à lui piquer ses idées. Il lui reste à identifier un lieu qui sera un projet-pilote à réaliser avec la participation des habitants et des urbanistes. Chiraz Gafsia souligne qu’elle «a laissé sa vie à Paris», mais elle ajoute: «Je suis une tête de mule et même si je dois y mettre 20 ans, je le ferai.» de mule “Je suisjeune têtemettre 20etans, même si dois y je le ferai.” “Je me concentre sur le concret. Je n’ai confiance qu’en un seul protagoniste: le peuple!” Lotfi Maktouf avait quitté la Tunisie avec un aller simple. Lauréat de l’université de Tunis, le doyen de l’époque, Abdelaziz Ben Dhia, lui refuse sa bourse. «Personne ne voulait de moi parce que je venais d’une famille de zwewla,» se souvient-il. Cela ne l’a pas empêché de faire son doctorat à la Sorbonne et son PhD à Harvard. Aujourd’hui, après une carrière de financier international qui l’a notamment conduit au FMI, il est à la tête d’un petit empire en Europe et aux Etats-Unis: fonds d’investissement, agrobusiness et hôtellerie de luxe. Au lendemain du 14 janvier, il recrute deux personnes à qui il confie la gestion de ses affaires et de février à juin 2011, il fait un listening tour (un voyage d’écoute et d’observation) pour un état des lieux qui lui permet d’écrire «Sauver la Tunisie» (Ed. Fayard), best-seller traduit en six langues, et de fonder Al Madaniya, association dédiée au développement. «J’ai été surpris par le recul du pays dans tous les domaines. Tout est structuré pour favoriser la corruption. Et ce qui m’a fait le plus mal, c’est la situation des régions intérieures. J’ai découvert que l’ancien régime avait berné le peuple grâce à une combinaison de répression et d’ignorance.» Grâce à son association, 4.800 enfants ruraux disposent désormais d’un réseau de transport scolaire, 17.000 écoliers ont pu bénéficier d’excursions-découvertes des vestiges du pays. Le programme «Permis de rêver», lancé en 2012, a aidé plus de 2.000 jeunes diplômés à obtenir leur permis de conduire dans les régions du Kef, Siliana et Sidi Bouzid. Un million d’arbres seront plantés grâce à Green Tunisia et Al Madaniya attend son agrément pour un programme de microfinances. Et tout cela est financé sur ses fonds propres. «J’ai décidé de faire de la politique autrement. Je me concentre sur le concret. Je n’ai confiance qu’en un seul protagoniste: le peuple!» Omeyya Seddik Omezzine Khélifa L’engagée “Nous n’avons pas d’ennemis, mais des adversaires” 46 Difficile de classer Omezzine Khélifa car elle est à la frontière ténue du politique et de l’associatif. Ingénieure en télécommunications, la révolution la surprend à Paris, à l’aube de sa carrière professionnelle. Elle n’est pas politisée, mais la lignée féminine de sa famille est militante pour les droits des femmes. Elle-même est engagée dans les Leo, les jeunes du Lion’s Club. Très vite, elle se rapproche de jeunes diplômés et fonde le Pacte tunisien, un collectif de compétences, indépendant de tout parti politique ou courant d’idée, qui s’engage à mettre volontairement son énergie et son savoir-faire au service de la Tunisie. Ils viennent d’horizons divers et résident aux quatre coins du monde. Mais Omezzine Khélifa se dit que «pour s’engager réellement, il faut rentrer en Tunisie.» Elle débarque en mars 2011 et se lance dans un rythme effréné de lobbying auprès des partis politiques pour la parité aux élections, notamment avec une pétition qui recueille 900 signatures en trois jours. En même temps, elle scrute les partis, assiste à toutes les conférences, adhère à Ettakatol et finit par être candidate mais non élue dans la circonscription de Tunis II. Pas découragée, elle se mobilise aussi pour la parité en faveur des jeunes. Membre du bureau politique d’Ettakatol, elle devient conseillère d’Elyes Fakhfakh au Tourisme, puis à l’Economie et aux Finances. Elle ne rejette pas la Troïka et se dit «fière du choix de son parti». «Nous n’avons pas d’ennemis, mais des adversaires,» ajoute-t-elle. Récemment nommée Young Global Leader, Omezzine Khélifa vient de se lancer dans un petit projet touristique avec deux partenaires américains. L’altermondialiste Après un engagement politique dès l’âge de 15 ans, notamment au sein du PDP de Néjib Chebbi entre 2006 et 2011, Omeyya Seddik se dit «content d’être le plus jeune retraité de la scène partisane tunisienne.» Son combat à Paris dans les milieux de l’immigration et des mouvements propalestiniens l’a conduit à vivre en Algérie, en Egypte et au Liban où, au début des années 2000, il essaye de monter un rassemblement altermondialiste arabe. En 2008, il s’infiltre clandestinement dans le bassin minier pour soutenir les mineurs de phosphate et sera ainsi l’un des ra