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enquête Nadia Châabane Karima Souid Militante de toujours La beurette des Minguettes Députée Al Massar, Nadia Châabane précise que si elle est revenue, c’est pour représenter les Tunisiens de là-bas (France-Nord). A son arrivée en France en 1984 pour ses études de lettres et sciences du langage, elle s’est engagée dans les réseaux associatifs de l’immigration et dans les collectifs de soutien aux démocrates de Tunisie. «Dès le 19 décembre 2010, nous avons créé un comité de soutien aux habitants de Sidi Bouzid, à l’image de celui de 2008 pour soutenir la révolte du bassin minier. Nous avons senti le vent tourner à partir du 12 janvier alors que l’on préparait une manif de soutien pour le 15 dont le slogan était Ou7ibouka ya cha3b, thawri wa ta9adoumi (je t’aime, mon peuple révolutionnaire et progressiste). Le 14, j’ai appris la nouvelle par un texto de trois mots envoyé par un ami journaliste de l’Agence France Presse: “Il est parti”. J’étais dans le métro et j’ai hurlé de joie. Evidemment, la manifestation du 15 s’est transformée en célébration de la chute du régime.» Nadia Châabane a fait campagne en France pour l’inscription des électeurs sur les listes électorales. Elle saute le pas au cours de l’été 2011 et décide de se présenter sur la liste du Pôle démocratique et moderniste (PDM) pour «vivre ce moment historique de rédaction de la Constitution et défendre les droits des femmes». Elle a abandonné son époux et une carrière d’enseignante universitaire, pensant que l’aventure ne durerait qu’un an. Les débuts ont été difficiles: «J’ai dû gérer un rapport au temps qui m’était étranger. Jusqu’à aujourd’hui, je ne comprends pas que les députés ne soient pas à l’heure ni leur absentéisme, qui a reporté de nombreux votes faute de quorum. Les élus ne pensent qu’à faire le buzz et à faire parler d’eux sur Facebook.» Elle dénonce aussi l’effet pervers des médias, tombés dans le piège du sensationnalisme au lieu d’aborder les questions de fond. Enfin, elle s’inquiète de la prolifération des ONG qui qu’à “Lesleélus neetpensent parler faire buzz à faire d’eux sur Facebook” ne servent qu’à salarier une poignée de personnes. Noyées dans la manne financière des bailleurs de fonds étrangers, ces ONG n’ont pas de vrais projets et font toutes la même chose, chacune dans son coin, au lieu d’unir leurs forces. «J’ai déjà vécu cette expérience en Afghanistan et dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne. Quand la subvention devient le moteur de l’engagement, le processus est perverti. Au lieu de renforcer la société civile, ces fonds étrangers l’éparpillent.» Sera-t-elle candidate? Il ne s’agira pas d’une décision personnelle. Tout dépendra du positionnement de son parti Al Massar dans le cadre de l’Union pour la Tunisie ou peut-être du Front de Salut national. C’est en fonction de cette décision qu’elle optera, avec son mari, pour un retour définitif au pays. Les politiques Maherzia Laâbidi La dame de fer “Ennahdha m’a convaincue de mettre Elle décide de rentrer en Tunisie début avri l 2011, laissant derrière elle son mari et ses enfants. Elle réactive le réseau associatif des femmes d’Ennahdha et s’avoue «agréablement surprise par le degré d’engagement social, économique et politique de ces militantes, en particulier les femmes d’anciens prisonniers islamistes.» Maherzia Laâbidi se considère comme un second couteau dans la hiérarchie d’Ennahdha: «J’ai hésité à m’engager parce que je me demandais si j’allais être efficace. Mais Ennahdha m’a convaincue de mettre mon expérience du dialogue au service de la constituante.» En effet, active dans l’ONG Religions pour la paix, présidente du Réseau global des femmes croyantes depuis 2006 et membre du Conseil européen des leaders religieuses, elle est rompue à la négociation. A son retour en Tunisie, elle souligne qu’elle a été choquée par la découverte de la pauvreté. «L’impact de la rumeur et du mensonge sur le Tunisien est ce qui m’agace le plus et j’en ai fait les frais,» affirme-t-elle. Maherzia Laâbidi a bien l’intention de poursuivre son engagement en Tunisie mais ne sait pas encore si elle sera candidate. Elle gardera tout de même ses liens avec la France car elle ne veut pas imposer de choix à ses enfants. «Notre rôle est de servir de pont entre deux mentalités et deux cultures. Aimer la Tunisie n’implique pas de vivre sur son sol mais de la porter dans ses projets et ses ambitions. On nous demande sans cesse de prouver que nous sommes plus tunisiens que les Tunisiens de souche. J’ai été sidérée par l’état de certains députés lors du débat sur l’article 74 qui permet à un binational d’être candidat à la présidence de la République. Mon appartenance à la Tunisie a grandi dans l’immigration.» mon expérience du dialogue au service de la constituante.” 44 Née dans la cité des Minguettes, dans la banlieue de Lyon, Karima Souid travaillait dans le tourisme d’affaires et s’était spécialisée sur la destination Tunisie. «J’étais dans une bulle. Je participais au développement du tourisme en Tunisie en convainquant des décideurs à organiser des évènements dans le pays. Je militais en France contre la discrimination envers les immigrés.» C’est avec les évènements qu’elle découvre que la Tunisie était sous la férule d’un dictateur. Au lendemain de la chute du régime, Ettakatol lui demande d’organiser le meeting de Mustapha Ben Jaafar, le 17 juin 2011, à Lyon: «Je découvre alors le parcours de cet opposant et les valeurs sociales-démocrates de son parti, proche du parti socialiste français auquel je m’identifiais.» Elle n’a pas l’intention d’aller plus loin. Mais Ettakatol insiste et c’est au mois d’août 2011 qu’elle saute le pas. «Je voulais me réapproprier ce pays et mener le combat pour les binationaux, surtout les deuxième et troisième générations». On se souvient encore d’une Karima Souid huée par les constituants parce qu’elle prenait la parole en français: «A aucun moment je n’ai pensé que la langue allait poser un problème. Pour moi, la Tunisie était aussi francophone. Mon arabe, c’est le dialectal de tous les jours.» Aujourd’hui, elle estime que ces évènements ont permis d’imposer la différence au sein de l’ANC. Comme beaucoup de Tunisiens revenus après la révolution, elle a connu de sombres moments d’angoisse et de solitude. Elle s’est sentie rejetée, comme elle l’avait senti parfois en France. Mais elle s’est battue pour obtenir le droit aux Tunisiens de l’étranger de voter pour les législatives et d’avoir une représentativité au parlement, et le droit aux binationaux de se présenter à l’élection présidentielle. Son prochain combat sera la mise en place du Conseil des Tunisiens de l’étranger. Déçue par la mollesse d’Ettakatol au sein de la Troïka, Karima Souid a changé de famille politique et rejoint Al Massar. Aujourd’hui, elle est plus que jamais décidée à militer pour construire une Tunisie moderne. réapproprier ce “Jeetvoulais mecombat pour les pays mener le binationaux, surtout les deuxième et troisième générations” Ziad Laâdhari Le moderne d’Ennahdha Il fait partie des quadras du parti islamiste. La répression qu’il a subie dès l’âge de 16 ans l’a conduit à s’exiler en France en 2000 dès qu’il a récupéré son passeport confisqué depuis 10 ans. Avocat d’affaires, Ziad Laâdhari souligne que sa décennie parisienne a été «une opportunité extraordinaire» de s’ouvrir au monde, de voyager, de côtoyer des gens passionnants. En parallèle, il acquiert une expérience dans des cabinets d’avocats internationaux avec des standards de pratique professionnelle très élevés. Marié à une trader tunisienne restée en France pour consolider son expérience, son premier enfant naît à Paris peu de temps après la révolution et cet heureux évènement l’y retiendra quelques mois. Revenu en juin 2011, Ennahdha lui propose tout de suite d’être candidat dans la circonscription de Sousse, puisqu’il est originaire de Msaken. «Ayant grandi ici, je n’ai pas ressenti de décalage. C’est la Tunisie post révolution qui a changé. Nous sommes dans un contexte nouveau et face à de nouveaux défis.» Porte-parole d’Ennahdha depuis octobre 2013, Ziad Laâdhari insiste sur le renoncement d’Ennahdha au pouvoir mais ne veut pas admettre que c’est un bon argument pour la prochaine campagne électorale. Il poursuivra son action publique car «il est important que les gens qui ont acquis une expérience internationale la mettent au service du pays.» les gens qui “Il est important queinternationaleont acquis une expérience la mettent au service du pays.” 45