Fdt - Page 40

enquête Les politiques Sélim Ben Abdessalem Le fin stratège Par Farida Ayari Ils (et elles) sont nombreux à avoir effectué leur retour à la chute de la dictature. Certains parmi les jeunes ont abandonné une carrière prometteuse. Les plus âgés ont carrément tourné la page, mis entre parenthèses leurs activités outre-mer pour se mettre au service de la démocratie naissante. Quel déclic a entraîné ce retour aux sources? Comment ont-ils été accueillis? Quelles difficultés ont-ils ren- contrées? Femmes de Tunisie a recueilli plusieurs témoignages de Tunisien(ne) s et les a classés en deux catégories: les politiques (élus à l’ANC ou engagés dans un parti) et les associatifs qui travaillent avec la société civile à améliorer le quotidien de leurs concitoyens et à réduire la pauvreté. L’ordre de préséance est tout simplement alphabétique. Hakim Ben Hammouda Saïd Aïdi Le super ministre Le défi de l’emploi Avant la révolution, ce polytechnicien était un nomade des temps modernes. Il naviguait entre l’Afrique francophone, le Moyen-Orient, l’Europe, les Etats-Unis et la Tunisie où, par commodité, il avait installé sa famille. Déjà, il participait à la création d’emplois puisque sa société, rachetée en 2006 par le groupe américain HR Access, avait recruté et formé 700 ingénieurs tunisiens en quatre ans. «Je suis rentré à Tunis le 13 janvier 2011 pour gérer l’évacuation du personnel expatrié de l’entreprise. Le 14 janvier, je criais “Dégage!” sur l’avenue Bourguiba.» Le 27 janvier au matin, le Premier ministre Mohamed Ghannouchi lui propose d’entrer dans son deuxième gouvernement sans lui préciser le portefeuille. «Trente minutes avant l’annonce du gouvernement, il m’a rappelé pour me proposer l’Emploi et la formation professionnelle. C’est mon fils qui m’a convaincu d’accepter.» Sans transition, Saïd Aïdi passe de DG d’une entreprise internationale à l’incertitude. «Mais si c’était à refaire, ce serait à l’identique,» précise-t-il. Depuis, Saïd Aïdi a adhéré à Nidaa Tounès, après une brève expérience à El Joumhouri, et son engagement politique est directement lié au portefeuille dont il a eu la responsabilité. Il s’est engagé dans l’ONG Education pour l’emploi, qui travaille sur l’insertion et la formation de jeunes diplômés-chômeurs. Il milite pour «une politique régionale avec la création de 4 ou 5 bassins de progrès qui regrouperaient chacun 1 à 1,5 million d’habitants et pour une décentralisation de l’administration. Les secteurs porteurs sont l’agriculture, les énergies renouvelables, la gestion de l’eau, les transports et la logistique, les technologies de l’information et de la communication,» estime-t-il. S’il devait être candidat, Saïd Aïdi le serait au niveau local car il considère que le véritable enjeu passe par les élections municipales et des conseils régionaux. Une alliance entre Nidaa Tounès et Ennahdha au lendemain des prochaines législatives? Saïd Aïdi souligne que les projets sont diamétralement opposés: «Ennahdha est un parti ultralibéral qui prône le désengagement de l’Etat. Il veut faire de la Tunisie un bazar à ciel ouvert. Nous voulons faire des Tunisiens des citoyens, ils veulent en faire des sujets.» “Ennahdha veut faire de la Tunisie un bazar à ciel ouvert.” 42 Sélim Ben Abdessalem était avocat en droit du travail à Paris et vivait en dehors de la communauté tunisienne parce qu’il se méfiait des indics de Ben Ali. Dès son arrivée en France en 1989, il adhère au parti socialiste français et devient assistant-parlementaire successivement de trois députées. Il se présente même comme suppléant aux législatives de 2007 dans la circonscription de Seine-Saint-Denis. «Après la révolution, je tournais comme un lion en cage. Et je me suis dit que si je voulais travailler pour mon pays, je devais abandonner mon métier d’avocat.» Il liquide donc les affaires en cours et arrive en Tunisie en février 2011, au moment de Kasbah 2. De retour à Paris, il plonge dans la communauté tunisienne et adhère à Ettakatol pour ses valeurs sociales-démocrates, son alliance à l’UGTT et son refus d’entrer dans le gouvernement de Mohamed Ghannouchi. Fin août, il est désigné tête de liste de la circonscription France-Nord. Animé d’espoir au début de Hakim Ben Hammouda, l’un des meilleurs spécialistes de l’économie du développement, est revenu en Tunisie en août 2011 dans le cocon de la Banque africaine de Développement (BAD), comme conseiller spécial du PDG, Donald Kaberuka. «La transition entre les institutions internationales où j’ai eu des responsabilités, comme la Commission économique pour l’Afrique des Nations-Unies ou l’Organisation mondiale du Commerce (OMC), et mon poste à la BAD a été facile. Mais vivre à Tunis m’a permis d’être en prise avec l’actualité et de retrouver mes amis de fac qui m’ont introduit auprès des nouvelles générations.» Il était donc aux premières loges pour observer les Printemps arabes, dont l’effervescence lui inspirera son dernier ouvrage «Tunisie: Economie politique d’une révolution» (Ed. De Boeck). Après 48 heures de réflexion, Hakim Ben Hammouda >(