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lu pour vous vu pour vous Certains d’entre vous s’en souviennent. homme sillonne les rues de Tunis à En 2003, un moto. Rasoir à la main, il a pour mission de balafrer les plus belles paires de fesses, les serrées, les exposées, les moulées (peut-être Sorti en octobre 2013 pour la rentrée littéraire de la même année, «Les perroquets de la place d’Arezzo» interpelle d’abord par sa quatrième de couverture: «Ce mot simplement pour te signaler que je t’aime. Signé: tu sais qui.» Cette lettre anonyme trouble l’existence des riverains de la place d’Arezzo. Dans ce quartier élégant de Bruxelles, quel original, quel pervers, quel corbeau déguisé en colombe s’acharne à violer leur intimité? Le message entraîne autant de promesses et d’attentes que de déceptions et de catastrophes, chacun l’interprétant à sa façon. Menée par EricEmmanuel Schmitt, cette ronde effrénée devient l’encyclopédie des désirs, des sentiments et des plaisirs, le roman des comportements amoureux de notre temps. En lisant des critiques comme: «Ce roman présente une encyclopédie des désirs» ou encore: «Schmitt pose une question: En amour, la sexualité est-elle une aide ou un empêchement?», j’avais déjà des réflexions sur le côté «érotique» que pouvait revêtir ce pavé de 740 pages. A la lecture, ce roman devient intéressant et attachant dès lors que l’on dépasse la première partie (c’est-à-dire au-delà de 150 pages). L’auteur nous présente une vingtaine de personnages dont il va décortiquer le comportement sexuel et amoureux au fil des chapitres. Tout y passe: jeunes, vieux, riches, pauvres, homosexuels, hétérosexuels, bisexuels, etc. Autant de profils que d’histoires qui s’entremêlent puisque tous les personnages (ou presque) habitent la grande place d’Arezzo et tous s’agitent à la réception de cette étrange lettre. Au menu de cette parade de personnages hauts en couleur: le politicien Zachary Bidermann, 34 Si vous n’avez jamais rien (ou vu) d’Eric-Emmanuel Schmitt, il est grand lu temps de vous lancer dans cette belle expérience. Ce dramaturge, nouvelliste, romancier et réalisateur français de 54 ans a der- rière lui une riche carrière avec des productions traduites en 40 langues et jouées dans plus de 50 pays. Si le style de Schmitt reste très romancé et accessible (un cran au-dessus de Marc Levy et Guillaume Musso), l’auteur essaie de traiter de sujets plus ou moins sérieux et/ou philosophiques. accro au sexe et qui trompe sa femme tout en lui faisant l’amour 2 fois par jour, le couple homosexuel formé par Nathan et Tom et dont l’un assume complètement son orientation sexuelle alors que l’autre a beaucoup de mal à voir la réalité en face, François-Xavier et Séverine, couple en apparence parfait, vivent chacun de son côté une homosexualité clandestine et quasi refoulée. Il y a aussi Patricia, la concierge complexée par son corps et qui finit par séduire le beau jardinier au corps sculptural, alors que Marcelle, la concierge, vit ses fantasmes sexuels à travers une relation torride qu’elle s’invente avec «Son Afghan». Schmitt n’oublie pas les adolescents qu’il décrit à travers l’histoire de Quentin et Albane. Le premier s’éveille à la vie sexuelle grâce à la maîtresse en titre de son père, et Albane, mal dans son corps d’adolescente, se déguise «en pute» pour séduire l’amoureux de sa mère. D’autres personnages encore, aussi complexés (le vierge asexuel) ou décomplexés (le couple masochiste, échangiste, exhibitionniste), s’entrecroisent dans cette encyclopédie du comportement amoureux et sexuel. Leurs histoires sont attachantes et le ton qu’y met Eric-Emmanuel Schmitt l’est plus encore. C’est donc là un roman érotico-sensuel qui tient réellement en haleine: les «Cinquante nuances de Grey» peuvent aller se rhabiller, voici de l’érotisme littéraire particulièrement émoustillant. A lire absolument… mais d’une traite pour ne pas s’y perdre. Raouia Kheder les moins belles aussi, l’histoire ne le précise pas), etc. l’appelle On terri- «le Challat». Légende urbaine ou réalité fiante? L’opacité de l’information de l’époque a fait que toutes sortes d’histoires ont été brodées autour de ce personnage. presse était contrôlée et la dictature en place ne voulait surtout pas qu’on enquête sur la réalité des choses,» raconte la jeune réalisatrice. Elle commence alors un travail de fiction sur le Challat. Jalel et kaouther Ben Hania, la réalisatrice Des années plus tard, en 2008, la jeune réalisatrice Kaouther Ben Hania décide d’en faire un travail cinématographique et mène l’enquête. Le résultat est un mockumentary (faux documentaire). Partie d’un fait divers, elle part en exploration de toute une société arabe en post-révolution. «A l’époque, rencontrer le Challat était devenu pour moi une condition sine qua non de la faisabilité de ce film. Pour cela, il fallait le localiser, savoir qui il était, l’interviewer dans sa prison… Je me suis naturellement tournée vers la police, vers la justice. Mes recherches butaient sur un refus et toujours le même conseil: “Ne t’occupe pas de cela, tu vas avoir des ennuis… ” Faire un documentaire dans le style du fact-based program était impossible sous le régime de Ben Ali