FÉVRIER 2015_NO.4 - Page 6

ÉDITO RIAL J’ai quitté le réseau public en février 2012 suite à huit années de travail interdisciplinaire comme ergothérapeute en centre de réadaptation. Des années pour lesquelles j’ai travaillé auprès de diverses clientèles dont celle indemnisée par la CSST. Durant cette période, des commentaires à l’effet que cette clientèle exploite le système étaient rarement entendus. Pourquoi ? Parce qu’en trauma, la clientèle présente généralement des atteintes fonctionnelles sévères. Qui remet en question l’intégrité de quelqu’un qui a un membre en moins, des capacités cognitives significativement réduites ou une hémiparésie ? Par contre, depuis que j’interviens dans un contexte de clinique privée, j’ai perdu le décompte de ce type de commentaires. Pourquoi ? Parce qu’un mal de dos n’est pas visible. Parce qu’une simple entorse à la cheville peut prendre six mois à guérir. Parce qu’être en arrêt de travail pendant trois mois en raison d’une blessure physique peut mener à la dépression. Parce que parce que. Parce que l’être humain a tendance à sauter aux conclusions sans analyser préalablement. Et ces clients qui exploitent le système ? En plus de dix ans de carrière, je peux compter sur les doigts d’une seule main ceux qui ont exploité leurs droits au-delà du maximum. « Tu es ergo au privé ? Tu fais uniquement de la réadaptation des capacités de travail alors ? » Personnellement, je crois que mon approche serait incomplète en abordant exclusivement la réadaptation professionnelle. Pourquoi ? Parce le travail n’est pas mon unique source de bonheur ! Et c’est aussi le cas de la plupart des clients avec qui j’évolue. Nous avons des loisirs, des responsabilités familiales, des activités domestiques, des tâches bénévoles, etc. L’équilibre occupationnel ne s’atteint pas uniquement par l’accomplissement d’une tâche productive. C’est donc avec plaisir que je prends le temps d’expliquer ma profession, en clinique privée, à ces gens qui ont cette vision étroite de ce que je fais pour le mieux-être de mes clients. Il est vrai que nous sommes fréquemment associés au développement des capacités de travail. Par contre, il nous revient d’utiliser davantage notre savoir relié aux habitudes de vie et à l’analyse d’activité afin d’accomplir les mandats transmis par les agents payeurs. Parce que l’évolution des capacités professionnelles passe avant tout par un mieux-être global et la recherche de l’atteinte d’un équilibre de vie. Danielle Boivin, erg. [04_024] fondatrice + rédactrice en chef revue.erg.go@gmail.com 06 Erg-go! REVUE DES ERGOTHÉRAPEUTES DU QUÉBEC OCTOBRE 2014_