erg-go! REVUE DES ERGOTHÉRAPEUTES DU QUÉBEC ÉTÉ2016_NO.8 - Page 26

ÉVALUATION [ SUITE ] ÉVALUATION [ SUITE ] ÉVALUER L’ÉQUILIBRE LORS DE LA MARCHE CHEZ LA PERSONNE ÂGÉE ÉVALUER L’ÉQUILIBRE LORS DE LA MARCHE CHEZ LA PERSONNE ÂGÉE DGI et ont montré que les scores générés sont congruents avec la réalité des personnes âgées, ainsi qu’avec les changements cliniques qui sont observables pour l’équilibre lors de la marche (Marchetti et coll., 2014; Miralles, Ghersi, Vecchio et coll., 2013). Pour déterm iner les risques de chutes chez les personnes âgées et les personnes vivants diverses atteintes, la sensibilité du DGI varie de 59 et à 67 % et la spécificité de 64 à 86 % (Foresberg, Andreasson et Nilsagard, 2013). Les études de la stabilité des résultats obtenus avec le DGI montrent d’excellentes fidélité test-retest et interjuges (CCI supérieurs à 0,80) (Cattaneo, Jonsdottir et Repetti, 2007; Hall et Herdman, 2006; McConvey et Bennett, 2005). 26 Les qualités métrologiques de l’IMD, version francophone du DGI, ont été étudiées lors de la traduction et de la validation transculturelle par le CNFS. Vallerand (1989) propose sept étapes pour s’assurer du maintien des qualités métrologiques des outils qui sont traduits. Ces étapes ont été considérées lors de la création de l’IMD : 1) Traduction de l’outil et rétrotraduction : deux versions initiales en français ont été conçues, l’une par une traductrice et l’autre par une physiothérapeute. Un comité composé d’une physiothérapeute, de deux ergothérapeutes, d’une traductrice et d’une étudiante en lettres françaises a examiné ces deux versions pour en tirer une version unique. Cette version a été rétrotraduite en anglais par une troisième traductrice. 2) Évaluation de la version initiale par un comité d’experts composé des chercheurs, du traducteur, d’un expert en linguistique et du concepteur de l’outil original, pour comparer la version originale en anglais, la rétrotraduction et la version française : cette étape a été réalisée par le comité de l’étape précédente en faisant l’étude des termes techniques et de l’ensemble de la version francophone pour s’assurer de la concordance du sens et du contenu entre la version traduite en français et la version originale. La rétrotraduction n’a pas soulevé de problématique sérieuse lors de la comparaison à la version originale anglaise. 3) Prétest pour évaluer comment l’outil est perçu dans la population : neuf physiothérapeutes ont examiné l’IMD, en ont évalué la langue et la pertinence pour l’utilisation clinique en répondant à un questionnaire qui avait été conçu spécifiquement pour cette étape de l’étude de la validité transculturelle. Les commentaires proposés ont tous été examinés par le comité de l’étape 1 et ils ont été groupés pour déterminer les changements pertinents à apporter à l’IMD. 4) Évaluation des validités concomitante et de contenu en administrant le test original et la traduction à des sujets bilingues : la nature même de l’outil (standardisation, consignes et cotation très concrètes laissant très peu de place à interprétation) rendait cette étape non essentielle. 5) Évaluation de la validité de construit : étude de la structure, des corrélats et des relations entre les différents construits. L’étude récente de Shumway-Cook et coll. (2015) était suffisamment probante à cet effet et nous semblait s’appliquer intégralement à l’IMD. Cette étape n’a donc pas été réalisée. 6) Analyse de la fidélité qui doit être réalisée comme s’il s’agissait d’un nouvel outil : une étude de fidélité a été réalisée auprès de physiothérapeutes évaluant une personne âgée qui leur était présentée sur vidéo lors de la passation de l’IMD. Les résultats de cette étude sont présentés sur le site du CNFS sur l’évaluation de la personne âgée : http://infocom.ca/eval/pers.agees/, sous l’onglet de l’outil. En bref, la fidélité interjuges de l’IMD y a été démontrée excellente, à savoir que neuf physiothérapeutes évaluant la même personne (passation de l’IMD à une personne âgée sur vidéo) ont coté systématiquement de la même façon pour tous les items sauf un, où une différence d’un seul point a été observée. 7) Établissement de nouvelles normes, si la situation le demande, pour comparer l’individu à un groupe de référence approprié : les normes déjà disponibles pour le DGI sont congruentes pour la population canadienne. Erg-go! REVUE DES ERGOTHÉRAPEUTES DU QUÉBEC ÉTÉ 2016_NO.8 Les qualités métrologiques de l’IMD sont assez clairement démontrées pour que les intervenants qui veulent l’utiliser puissent le faire en toute confiance. Ils pourront évaluer l’équilibre à la marche chez la personne âgée francophone ayant ou non une atteinte qui pourrait créer une entrave aux déplacements et pour identifier les personnes à risque de chutes, dans les limites de sensibilité et spécificité du DGI. L’ergothérapeute ou tout autre intervenant de la santé pourra ainsi documenter avec rigueur les problématiques d’équilibre lors de la marche et suivre l’évolution de la condition des personnes. PERSPECTIVE ERGOTHÉRAPIQUE Les ergothérapeutes sont les professionnels de la santé les plus souvent désignés pour évaluer la sécurité des personnes âgées dans l’accomplissement de leurs activités de la vie quotidienne. Les aînés présentent fréquemment plusieurs facteurs de risque qui, combinés, perturbent l’équilibre (Agence de santé publique, 2014). C’est pourquoi l’ergothérapeute qui intervient auprès de la personne relativement à son risque de chutes doit considérer les facteurs biologiques, comportementaux, socio-économiques et environnementaux. Le concept de sécurité étant multidimensionnel, l’évaluation holistique de la personne est essentielle. Les modèles de pratique en ergothérapie, tel le Modèle canadien du rendement et de l’engagement occupationnels (MCREO), sont utiles pour guider l’ergothérapeute. Le MCREO est centré sur la personne et incorpore les trois dimensions de la personne, les trois domaines de l’occupation, en plus d’inclure les quatre aspects de l’environnement (Townsend et Polatajko, 2013). Selon le MCREO, l’ergothérapeute favorisera le rendement et l’engagement occupationnels en optimisant l’interaction entre la personne, l’occupation et l’environnement. Ainsi, les divers facteurs de risque de chutes peuvent être considérés dans l’intervention. Dans le cadre de sa pratique, l’ergothérapeute est encouragé à réaliser les sept étapes du processus d’intervention dans le rendement occupationnel proposé par Fearing, Law et Clark (1997), citées par Stanton, Thomson-Franson et Kramer, 2002, p.71) soit : Étape 1 : Définir, valider et mettre en ordre d’importance les difficultés en matière de rendement occupationnel; Étape 2 : Sélectionner des approches théoriques; Étape 3 : Déterminer les dimensions du rendement occupationnel et les conditions environnementales en jeu; Étape 4 : Déterminer les forces et les ressources des partenaires; Étape 5 : Négocier les résultats visés et élaborer des plans d’intervention; Étape 6 : Mettre en œuvre les plans d’intervention à travers l’occupation; Étape 7 : Évaluer les résultats obtenus en matière de rendement occupationnel. Lors de l’étape 3, l’ergothérapeute doit évaluer, entre autres, les dimensions physiques de la personne. Il peut alors utiliser des méthodes qualitatives, telles que l’entrevue auprès de la personne, qui permettront de recueillir des informations et de déterminer avec celle-ci les conditions ou les dimensions qui contribuent aux défis de rendement occupationnel. Les méthodes quantitatives, comme l’utilisation d’instruments normalisés pour documenter le rendement occupationnel, sont aussi employées couramment par l’ergothérapeute (Stanton et coll., 2002). Bien que l’évaluation de l’équilibre soit souvent dévolue aux physiothérapeutes, il ne sera pas rare que l’ergothérapeute doive porter un jugement sur l’équilibre dans le cadre de son évaluation de la sécurité. En effet, les risques de chutes chez la personne âgée étant clairement plus importants lors des déplacements, il devient essentiel de se préoccuper de l’équilibre lors de la marche dans une perspective fonctionnelle et de sécurité. [suite page 28] Erg-go! REVUE DES ERGOTHÉRAPEUTES DU QUÉBEC ÉTÉ 2016_NO.8 27