COUNTRY MUSIC MAG Country Music Mag N°56 Novembre/Décembre 2017 - Page 21

Johnny rester(a) vivant ! Comme beaucoup d’autres, je suis seul chez moi, devant un écran et une émission transmise en direct par BFMTV qui réalise un travail exceptionnel, autour d’une cérémonie d’hommage pour un chanteur sans pareil, dans cette église de la Madeleine réson- nant d’accords de guitares que des visages fermés font vibrer. La famille est réunie, et au-delà des histoires personnelles, par- tagent une peine et des larmes avec un peuple de fans. Mais pas seulement… On a tous une chanson de Johnny, même ceux qui ne l’aimaient pas, car il était un rocker, mais pas que… Il est aussi, lui qui a si bien réussi sa vie, le chanteur des mo- destes, des petits, des sans-grade, qui se reconnaissent en lui à travers mille épreuves et rebonds. Bien sûr on pardonne les ex- cès, les bolides et l’alcool. Le bonhomme est ailleurs. Il se cache derrière des yeux magnétiques, et une voix qui s’affine en puissance et profondeur avec les années. Un dur aux chan- sons douces, dont la famille recomposée ressemblait à celles de milliers d’autres dans un hexagone qui pleure aujourd’hui sa jeu- nesse. Pouvait-on publier ce numéro de Country Music Mag en faisant abstraction de la disparition de Johnny ?... Même si, un temps, je me suis posé la question ; la réponse est bien évidement : «non !» Je n’ai aucun album studio de Johnny (seulement une ‘‘antholo- gie 1985-1997’’, un peu bâtarde) et je vous avoue que longtemps, je l’ai snobé comme j’ai snobé, longtemps aussi, toute production musicale nationale. Les années ont passées depuis cette longue période d’intégrisme stupide et, progressivement, j’ai appré- cié des artistes ‘‘Made in France’’. En mai 2009, je finis même par réaliser un vieux projet, sans cesse reporté à plus tard : voir Johnny en ‘‘live’’. Ce sera au Stade de France pour son ‘‘Tour 66’’. Quelle claque !!! Outre les dimensions immenses de la scène et le light show somptueux, j’ai plus particulièrement le souvenir d’un moment intimiste : ‘‘Diego’’, cette magnifique chanson de Michel Berger, chantée presque entièrement à cappella et, de- vant la puissance proprement incroyable de sa voix, des poils de mes bras qui se redressaient. Pour moi, restera de cette immense artiste quelques chansons emblématiques de ‘‘Quelque chose de Tennessee’’ à ‘‘Allumer le feu’’ en passant par ‘‘L’envie’’ et, plus vieux, ‘‘La musique que j’aime’’. Restera aussi, la profonde et sincère humilité dont il fai- sait preuve, signe, plus que tous autres, qu’il faisait partie des grands et qu’il l’était aussi et surtout en tant qu’être humain. Et, pour le nombre incroyable de ses fans, Johnny restera à ja- mais vivant. Comme l’a si bien exprimé Bruce Springsteen à la mort de son saxophoniste et ami Clarence Clemons : «il n’est pas mort tant qu’il continue de vivre dans le coeur et l’esprit de quelqu’un !» Jack Où vas-tu Johnny ? Un million de personnes à Paris et dans toute la France, dans toutes les villes de France, des centaines de bikers sur la route, réunis, écoutant Johnny à fond les mirettes embuées. COUNTRY MUSIC MAG N ° 56 Car Johnny c’était aussi les Trente Glorieuses, temps de l’insou- ciance prospère précédant celui de la contestation, et c’est aussi une page d’histoire de la France qui est partie pour toujours. La rivière de larmes déborde sur d’autres vies, les nôtres que ses chansons personnifiaient, symbolisaient, balisaient dans une sincérité qui ne lui a jamais fait défaut. Il portait une flamme, comme disait une amie à la télé, et ne le savait pas lui-même mais nous rendait mei lleurs et plus forts. Johnny était un étendard pour toux ceux qui n’avaient plus droit à la parole, presque un bulletin de vote à l’heure où tout va mal. Formidable fournisseur d’énergie renouvelable, avec lequel le ciel était toujours plus bleu. Ses premières incursions, disons-le assez médiocres dans le ciné- ma, notamment dans le ‘‘spaghetti Western’’, ont pris de belles tonalités étonnantes avec la maturité. Mais je conserve une af- fection particulière pour ce film tourné en Camargue par Noël Howard en 1963, avec Sylvie : « D’où viens-tu Johnny ». Et puis, et puis, il a eu la chance de rencontrer Laetitia, laquelle et on s’en rendra compte sans doute plus tard, a su infléchir sa carrière dans une ascension exponentielle, avec cette capacité in- défectible dans la connaissance des goûts des fans. Les sociologues qui se pencheront sur le sujet vont avoir du tra- vail, de par sa complexité. Johnny réunissait toutes les généra- tions, toutes les classes sociales. Pas seulement un chanteur mais un monument national. Au delà de la démesure de spectacles qui auraient pu le rendre inaccessible, il exprimait la bienveillance pour ceux qui l’approchaient, et la simplicité d’un homme du peuple qui n’a jamais eu la grosse tête. Aujourd’hui seuls les riches pourront se recueillir sur sa tombe, même si je pense que c’est aussi une mesure de protection. Mais si ce 9 décembre 2017 avec ce cercueil blanc, blanc comme celui d’Elvis, nos vingt ans s’en sont allés, toi Johnny, c’est pas possible… Tu ne peux pas mourir. IAC 21 Novembre / Décembre 2017