BCarlington News Magazine 2 - Page 51

nature et haute technologie pour donner un cadre vie proche de l’idéal. De grandes tours entièrement vitrées pour maximiser l’apport en lumière, des plantes sur tous les toits et sur les façades, de grands parcs côtoyaient les routes connectées et le nettoyage de la ville était assuré 24h/24 par une armée d’androïdes. Louis adorait flâner dans cette ville en rentrant chez lui le soir. Il traversait tout le centre à pied, faisait ses courses sur la route et, aux abords de la grande cité, il prenait le métro pour le reste du chemin. Malgré un bon emploi, Louis n’avait pas les moyens de s’offrir un studio dans le centre-ville. Il habitait la Ceinture. La Ceinture était large d’une cinquantaine de kilomètres et entourait entièrement le centre-ville. Elle était divisée en quartier, chacun d’eux étant sous la coupe d’une guilde. Lui vivait dans le quartier 37 de la guilde des banques, au quatrième étage d’un immeuble en belles pierres anciennes. Il payait cher, mais il avait le luxe d’une salle de bain privative et d’une vue imprenable sur les immeubles du centre. La nuit, la vue de la fenêtre de son petit appartement était à couper le souffle.

Louis s’arrêta à la première station de métro sur son chemin. Il n’était pas question de flâner tranquillement en regardant la vie se dérouler autour de lui à cette heure-ci, ni avec un froid pareil. Certes la ville était belle, recouverte de son beau manteau blanc, mais il tenait à arriver chez lui avant d’être complètement congelé. Il descendit la première volée de marches et déjà la chaleur qui montait des souterrains lui arracha un sourire. Éperdu de chaleur, il allongea le pas et ce fut presque en courant qu’il arriva au sas d’identification. La différence de température entre le dehors et les souterrains était telle que ses doigts et son nez lui piquaient quand il dégagea sa nuque pour le scanner.

– Bonsoir monsieur Farmand, annonça la voix digitale du contrôleur. Bon voyage dans le Métropolitain.

– Bonsoir à vous aussi et merci, répondit le jeune homme par habitude.

Ses muscles contractés par le froid se détendirent peu à peu et lorsqu’il arriva sur le quai d’embarcation, il se laissa tomber sur un des strapontins avec un soupir de soulagement. Malgré l’heure tardive, trois autres personnes étaient sur le quai à attendre le métro. Un jeune couple roucoulait discrètement sur une autre série de strapontins tandis qu’un homme attendait impatiemment le métro en déambulant le long du quai.

Louis sortit son téléphone et y afficha une chaîne d’informations. Un petit écran holographique apparut au-dessus de l’appareil. Il prit en cours une interview de la jeune maire de Neo-Paris et ministre des affaires étrangères : Amara Millerand. Louis vouait une admiration sans borne à cette jeune femme de 33 ans, qui avait, grâce à une intelligence et un charme fou, su régler le problème de l’eau potable. Un accord avantageux avec la société norvégienne qui avait découvert le procédé pour transformer la glace en eau potable avait définitivement mis fin à la pénurie et la France était devenue, en l’espace de deux ans, le grenier du monde. Ce coup d’éclat avait propulsé la cote de popularité de la jeune femme et on murmurait que si elle se présentait aux prochaines élections présidentielles, elle serait probablement élue.

« … nous pourrions obtenir un droit exclusif sur l’extraction de mirinium. Cela serait une avancée majeure dans les domaines de la nanotechnologie et la cybernétique. Les entreprises françaises pourraient être les premiers producteurs au monde de cristaux d’identification et de prothèses. Nous… »

– Sale temps, hein ?

Le jeune homme leva rapidement les yeux sur l’inconnu qui venait de s’installer à ses côtés et resta quelques secondes surpris : l’homme lui ressemblait étrangement. Un léger malaise lui contracta l’estomac mais, finalement, cette coïncidence l’amusa. Ne lisait-on pas souvent, dans les magazines, que nous avions tous un ou deux sosies à travers le monde ?

– Oui, répondit le jeune homme après un bref instant d’hésitation.

Le jeune homme se désintéressa de son nouveau compagnon d’attente et reporta son attention sur la fin de l’interview. Quelques minutes plus tard, le métro arrivait enfin. Louis rangea son téléphone et se leva.

Il était agréable de prendre le métro aussi tard. Dans la journée, le Métropolitain était encombré par des milliers de personnes et il n’était pas rare de ressortir de là avec quelques bleus. Là, Louis trouva même de la place où s’asseoir dans la rame. Il poussa un profond soupir.